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Un voyage en Terre de Feu

1 mars 2021

La Patagonie…c’est sur ces terres du bout du monde que nous avons décidé de vous emmener ce mois-ci. Ce périple sur ce qu’on appelle la Terre de Feu, nous transporte à travers des paysages sur lesquels la marque de l’Homme a été pendant longtemps absente.

Notre équipe a navigué dans ces eaux tumultueuses et est partie à la découverte des populations locales. Immersion au cœur de ce territoire légendaire grâce à des ateliers avec les enfants de Puerto Williams et la rencontre avec le peuple Yagan. 

La Patagonie Chilienne, une terre du bout du monde

Un voyage en Patagonie, c’est faire le plein de liberté. Ce territoire est l’équivalent de deux fois la France pour deux millions d’habitants. « Ici règnent vents fous, géants de glace et forêts-dédales. Des colons, qui eurent bien du mal à trouver leur place dans ces immensités tourmentées, les habitants ont hérité un farouche esprit de conquête » décrivait ainsi le magazine Géo en 2018. Avec une densité de population de 3,8 habitants par kilomètre carré, la Patagonie est l’une des régions les moins peuplées au monde, en comparaison, il y a 3 habitants par kilomètre carré en Sibérie, 0,46 en Alaska.
Face à cette immensité, on se sent tout petit, presque insignifiant. La déconnexion est totale avec pour seul bruit celui de la nature qui nous entoure. 

 

Un territoire géographiquement très riche 

 

Depuis sa découverte au XVIe siècle, la Patagonie stimule l’imagination avec sa nature sauvage à perte de vue. La Patagonie est une région située dans la partie méridionale de l’Amérique du Sud, elle se divise entre l’Argentine et le Chili. La Patagonie chilienne s’étend de l’estuaire de Reloncavi jusqu’au cap Horn. Géographiquement très riche, elle se compose de fjords, de paysage montagneux, de glaciers, de volcans, mais aussi d’innombrables petites îles inhabitées. Son écosystème est unique, c’est pourquoi on lui porte un grand intérêt touristique, mais aussi écologique et scientifique. Véritable patrimoine naturel, elle dispose grâce à son environnement, d’une des plus grandes réserves d’eau douce de la planète.

Les premiers explorateurs européens (notamment Fernand de Magellan en 1520) ont nommé cette terre « Tierra del Fuego » autrement dit Terre de Feu. En effet, à leur arrivée depuis l’océan, les explorateurs eurent l’impression de voir des feux en mouvement sur ces terres : en réalité il s’agissait des peuples autochtones à l’instar des Yagans qui se réchauffaient par des feux de camp. L’hiver, les températures varient entre 0 et 5 degrés, l’été de 5 à 10 degrés. Le climat y est donc plutôt froid à l’année à cause de ses latitudes australes. De plus, ces terres sont venteuses et les pluies y sont quasi-quotidiennes. 

Malgré des conditions de vie difficiles, le pays a su rebondir et se créer une économie plus ou moins viable. 

 

Une économie stable, mais inégalitaire

Considéré aujourd’hui comme le pays le plus stable économiquement en Amérique latine, le Chili est surnommé le « jaguar » de l’Amérique du Sud. Depuis 2010, il fait partie de l’OCDE qui regroupe les pays les plus industrialisés. Marqué par une tradition minière, il est le plus grand producteur et exportateur de cuivre au monde puisque 40% de son économie repose sur ce marché. 

L’agriculture, l’élevage et le tourisme sont des secteurs d’activités qui viennent compléter son économie. Cependant, malgré une économie en pleine croissance, celle-ci dépend largement du cours des matières premières et des ressources énergétiques extérieures, et se trouve ainsi confrontée de plein fouet à toutes les fluctuations de la conjoncture mondiale.

Des inégalités persistent pourtant notamment dans le secteur de l’éducation. Les élèves qui relèvent des écoles publiques et qui n’ont pas les moyens d’aller en écoles privées se voient très rapidement limités au moment des études supérieures. 

Face à ces constatations, le voilier Maewan et son équipage ont décidé de partir à la rencontre de ces élèves du bout du monde.

 

Maewan à la rencontre des élèves de la Terre de Feu 

La ville de Punta Arenas fut pendant longtemps la porte d’entrée des nouveaux arrivants en Patagonie. C’est de là que commence notre expédition sur ces terres. Pour atteindre Puerto Williams, notre équipe a dû s’armer de patience puisque le trajet depuis Punta Arenas est à 31 heures en ferry.
Une fois arrivée sur place, notre équipe a pu retrouver le voilier Maewan, mais aussi aller à la rencontre des enfants de Puerto Williams. Ce sont des enfants déscolarisés depuis plusieurs mois à cause de la crise sanitaire que notre équipe a rencontré. Deux types d’ateliers sont alors mis en place selon les âges, les plus jeunes le matin et les adolescents l’après-midi.

Cette semaine, deux groupes d’élèves ont pu ainsi rencontrer l’équipe Maewan.  Le premier groupe était composé d’élèves de 5-7 ans, c’est le groupe des « pingouins ».
Avec eux, notre équipe a travaillé sur la préservation des nuits principales thématiques de développement durable (le climat, la biodiversité, l’eau, l’énergie, l’alimentation, les déchets, la santé et la solidarité)à travers 5 ateliers. Ainsi, l’importance des arbres pour le climat à été abordé à travers un atelier pédagogique où chaque enfant a dû dessiner un arbre et décrire ce qu’il représentait pour lui. La nature qui les entoure est un vecteur essentiel à leur prise de conscience environnementale.
Les après-midi sont consacrés aux ateliers avec les 13-17ans, c’est le groupe des « lazers » en référence au type de voilier sur lesquels ils apprennent à naviguer puisque tous les élèves sont inscrits à la Fondation CEDENA, club de voile de Puerto Williams. 

Avec les « grand », l’équipe de Maewan a accompagné chaque jeune dans la construction de son projet professionnel. C’est grâce aux cahiers éducatifs réalisés en interne par les équipes de Maewan, qu’ils vont pouvoir au fur et à mesure des ateliers, en apprendre plus sur leur environnement et sur eux même. Une occasion pour eux de sortir du programme scolaire classique et de découvrir des activités jusque-là inconnues, mais aussi d’apprendre de la nature qui les entoure et la manière de la préserver au mieux. 

Ces ateliers vont durer trois semaines, après cela, le voilier Maewan récupérera ses occupants. Puis, ils navigueront jusqu’au canal de Beagle à la rencontre du peuple Yagan. 

 

Le peuple Yagan, dernier vestige d’une civilisation

C’est sur le versant chilien de la Terre de Feu que vit la communauté Yagan, c’est la plus méridionale au monde, dont la présence est documentée depuis plus de six mille ans. Autour du canal de Beagle, sur l’île de Navarin, on retrouve les derniers membres de cette ethnie. 

 

À la découverte de ce peuple millénaire

L’anthropologue Geremia Cometti, directeur de l’Institut d’ethnologie de l’université de Strasbourg est parti étudier ce peuple indigène le plus austral au monde dont on retrouve les traces depuis un millénaire sur ce territoire. Exterminés par les conflits, les persécutions et les maladies infectieuses, les Yagans résistent pour préserver leur culture ancestrale.

On considère aujourd’hui, Cristina Calderon, 89ans, comme la dernière locutrice native de la langue Yagan. Déclarée en 2009 «trésor humain vivant» par l’Unesco, elle est reconnue pour son rôle de transmission et de préservation de la langue et des traditions de son peuple. Dans son village où résident l’essentiel des descendants de cette ethnie, la plupart le comprenne, mais ne le parle pas. Ils sont encore une centaine à vivre en communauté pour essayer de faire perdurer les traditions et la culture de leur peuple. 

Lors de sa rencontre avec les Yagans, l’anthropologue Geremia Cometti à pu constater l’importance que ce peuple portait à la mer. Pour eux, ce n’est pas uniquement une source de subsistance, ils ont une vision cosmique du monde et leur conception de la nature est complètement différente de la nôtre. La mer fait partie de leur identité mais aussi partie intégrante de leur culture. 

Cette relation avec la mer est depuis quelques années bouleversée par les normes étatiques du Chili qui réglementent la pêche et la navigation sur ces eaux. Ce peuple marin considère aujourd’hui que l’État leur a enlevé cette relation privilégiée avec la mer. 

Il y a quelques mois, ils ont gagné une bataille pour défendre la mer qui borde leur territoire, celle contre les fermes de saumons qui devait être installées à proximité de leur terre. 

 

Une lutte contre l’aquaculture

Car la culture marine est centrale au Chili. Les côtes chiliennes qui s’étendent sur une longueur de plus de 5000 kilomètres recèlent d’une grande variété de produits de la mer. Cependant depuis quelques décennies, les élevages de saumon poussent un peu partout à tel point que le Chili est aujourd’hui l’un des plus grands pays aquacoles dans le monde. Le pays est passé en quelques années d’une pêche artisanale à la salmoniculture industrielle.

Un débat sur la légitimité de cette agriculture débute en 2016, comme l’expliquait en décembre dernier France Culture : « un microbe a causé la perte de plus de 30,000 tonnes de saumon en cage dans l’industrie de Patagonie. Avec le soutien du gouvernement, les producteurs ont jeté ces tonnes de saumon dans la mer, ce qui a engendré la mort de nombreux pingouins, dauphins et lions de mer. C’est à ce moment-là que cette situation, où l’activité économique dégrade la biodiversité au sein des communautés autochtones, a attiré l’attention de grands organismes comme Greenpeace, qui a alors commencé à enquêter sur les dégâts causés par ces déchets. »

Ce changement drastique des modes de pêches, d’un système artisanal devenu brutalement industriel, a eu de nombreuses conséquences sur l’environnement, d’abord une pollution environnementale liée à la modification des écosystèmes côtiers. Les saumons d’élevage s’échappent chaque année et mettent en péril les poissons sauvages à qui ils transmettent des parasites. Le milieu naturel des poissons sauvages est donc modifié. On voit aussi émerger une pollution alimentaire, avec le rejet de produits chimiques et d’aliments piscicoles dans le milieu aquatique. 

Les Yagans ont tout de suite compris le danger que représentait l’installation de ces fermes de saumons à proximité de leur territoire. C’est une bataille de longue haleine qui s’est tenue entre ce peuple qui voulait préserver ce qu’ils considèrent comme leur terre, la mer, et une multinationale du saumon. 

Aujourd’hui, le peuple Yagan est reconnu dans tout le Chili pour leur lutte puisqu’ils sont les seuls à avoir réussi à chasser une entreprise privée de leur terre. C’est avec l’aide de l’ONG internationale GreenPeace qu’ils ont pu ainsi mettre à mal les projets de la puissante industrie du saumon. 

Cette histoire, cette lutte, a traversé les frontières jusqu’aux oreilles de Maewan. Notre équipe est donc en route pour rencontrer le peuple Yagan, mais aussi des agriculteurs de ces fermes de saumon pour en savoir plus sur le sujet et découvrir les faces cachées de l’aquaculture au Chili. 

 

Sources : 

https://www.geo.fr/voyage/patagonie-aysen-terre-de-pionniers-193456

https://www.voyagepatagonie.fr/guide-patagonie/destination/terre-de-feu

https://www.chili-voyage.com/blog/peuples-du-chili.php

https://www.la-croix.com/Culture/Chili-derniere-locutrice-yagan-ethnie-bout-monde-2017-05-16-1300847551

https://ethnologie.unistra.fr/websites/ethnologie/Actus-Agenda/2020/2020_12_02_Yagans_Cometti.pdf

https://aquaculture-aquablog.blogspot.com/2009/01/chili-le-saumon-pollue-la-vie-des.html

https://www.france.tv/france-3/thalassa/2228749-patagonie-nature-extreme.html

 

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